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Psychanalyse-Paris.com
Psychanalyse-paris.com propose des articles et éditoriaux sur la psychanalyse et l'inconscient freudien, des comptes rendus de séminaires, des forums et discussions, une bibliothèque de grands textes du domaine public, un dictionnaire de la psychanalyse et un annuaire de sites web.


Date : mercredi 31 décembre 2008 à 09h
Auteur : Guy MASSAT
Catégorie : Signifiant

.:: Comment traduire « Ça » en chinois ? ::.

« Le “ça” en psychanalyse, depuis Nietzsche, Groddeck et Freud, se distingue de toute forme de pronom grammatical ou d'article déterminant. Dans “La question de l'analyse profane” Freud nous figure le ça inconscient, impersonnel, par l'usage qu'en fait fréquemment l'homme ordinaire en parlant lorsqu'il dit [en français dans le texte] : “j'avais ça en moi”, “c'était plus fort que moi”… L'importance de ce genre d'expressions est que nous pouvons clairement y distinguer le ça pronom du ça inconscient, même si le névrosé s'entête à les amalgamer. “J'avais ça en moi”, quoi ça ? Cette maladie ? Si c'est une maladie, ou quelle qu'autre chose de définissable, il s'agit simplement du pronom. Si c'est ineffable, innommable, indéfinissable si on le désigne comme “force inconnue” qui ne se réduit à rien, nous sommes en présence du “ça”. Dans “le moi et le ça” Freud se référant à Groddeck nous dit justement que : “nous sommes ‘vécus' par des forces inconnues et impossibles à maîtriser. Nous avons tous éprouvé de telles impressions”. Distinguer le ça pronom du ça inconscient c'est distinguer l'inconscient du conscient. Le ça est cette dimension de nous-mêmes qui est sans nom, sans dieu ni maître, sans opinion, inopinée. Certes le conscient et l'inconscient, pour reprendre un exemple formel, sont noués ensemble à la manière des cercles d'Euler (XVIIIe). Le champ d'intersection de ces cercles y est, en quelque sorte, exclu de leur différence. Le champ d'intersection forme une zone dans laquelle le conscient et l'inconscient se confondent : c'est la névrose. Toutefois ces cercles sont suffisamment distincts et manœuvrables topologiquement pour qu'on ne les confonde pas. Lacan nous fait remarquer qu'ici “la conjonction disjonctive soutient l'alternative”. L'inconscient n'est pas le conscient sauf dans cette zone d'intersection pathologique où l'on ne saurait dire si cette aire appartient à l'inconscient ou au conscient. » (Guy Massat et Xiaoxi Xiao, Comment traduire « Ça » en chinois ?) - Articles / , , ,


Date : lundi 29 décembre 2008 à 11h
Catégorie : Psychologie

.:: Formes religieuses des convictions des foules ::.

« Aujourd'hui la plupart des grands conquérants d'âmes n'ont plus d'autels, mais ils ont des statues ou des images, et le culte qu'on leur rend n'est pas notablement différent de celui qu'on leur rendait jadis. On n'arrive à comprendre un peu la philosophie de l'histoire que quand on est bien pénétré de ce point fondamental de la psychologie des foules. Il faut être dieu pour elles ou ne rien être.
Et il ne faudrait pas croire que ce sont là des superstitions d'un autre âge que la raison a définitivement chassées. Dans sa lutte éternelle contre la raison, le sentiment n'a jamais été vaincu. Les foules ne veulent plus entendre les mots de divinité et de religion, au nom desquelles elles ont été pendant si longtemps asservies ; mais elles n'ont jamais autant possédé de fétiches que depuis cent ans, et jamais les vieilles divinités ne firent s'élever autant de statues et d'autels. Ceux qui ont étudié dans ces dernières années le mouvement populaire connu sous le nom de boulangisme ont pu voir avec quelle facilité les instincts religieux des foules sont prêts à renaître. Il n'était pas d'auberge de village, qui ne possédât l'image du héros. On lui attribuait la puissance de remédier à toutes les injustices, à tous les maux ; et des milliers d'hommes auraient donné leur vie pour lui. Quelle place n'eût-il pas pris dans l'histoire si son caractère eût été de force à soutenir tant soit peu sa légende !
Aussi est-ce une bien inutile banalité de répéter qu'il faut une religion aux foules, puisque toutes les croyances politiques, divines et sociales ne s'établissent chez elles qu'à la condition de revêtir toujours la forme religieuse, qui les met à l'abri de la discussion. L'athéisme, s'il était possible de le faire accepter aux foules, aurait toute l'ardeur intolérante d'un sentiment religieux, et, dans ses formes extérieures, deviendrait bientôt un culte. L'évolution de la petite secte positiviste nous en fournit une preuve curieuse. » (Gustave Le Bon, Psychologie des foules). - Psychologie des foules /


Date : jeudi 18 décembre 2008 à 09h
Catégorie : Libido

.:: Thérapeutique de l'inversion sexuelle ::.

« En général, les cas acquis sont caractérisés de la façon suivante :
- 1º Le sentiment homosexuel ne se montre dans la vie de l'individu que secondairement, et peut être dû parfois à des incidents qui ont troublé la satisfaction sexuelle normale (neurasthénie onaniste, états psychiques).
Il est cependant probable que dans ce cas, malgré un libido sensuel et grossier, les sentiments et les penchants pour l'autre sexe, surtout au point de vue de l'affection psychique et du sens esthétique, ne reposent ab origine que sur une base très faible.
- 2º Tant que l'inversion sexuelle ne s'est pas manifestée par des faits, le sentiment homosexuel est jugé par la conscience comme vicieux et morbide, et l'individu ne s'abandonne que faute de mieux à cette anomalie.
- 3º Le sentiment hétérosexuel reste pendant longtemps prédominant, et l'individu ressent péniblement l'impossibilité de le satisfaire. Ce sentiment s'efface à mesure que le sentiment homosexuel se fait de plus en plus fort.
Dans les cas congénitaux, au contraire, on observe les phénomènes suivants :
- a) Le sentiment homosexuel vient en première ligne et domine la vita sexualis. Il apparaît comme une satisfaction naturelle et prédomine aussi dans les songes de l'individu.
- b) Le sentiment hétérosexuel a manqué de tout temps, ou si, dans le cours de la vie de l'individu, il se manifeste aussi (hermaphrodisme psycho-sexuel), il n'est qu'un phénomène épisodique, ne trouve pas de racines dans l'âme de l'individu, et n'est qu'un moyen accidentel pour satisfaire des impulsions sexuelles.
D'après ce qui procède, la différenciation entre les divers autres groupes d'invertis congénitaux et les cas d'inversion acquise ne rencontrera guère de difficultés. » (Richard von Krafft-Ebing, Psychopathia Sexualis). - Psychopathia Sexualis / , , ,


Date : mercredi 17 décembre 2008 à 05h
Catégorie : Histoire ancienne de l'Orient

.:: Les inventeurs de la métallurgie ::.

« Il n'est guère moins frappant de trouver chez les trois familles de 'Ham, de Schem et de Yapheth la même notion symbolique, qui conduit à représenter le dieu démiurge, l'ouvrier des mondes, en sa qualité de dieu forgeron, sous les traits d'un nain grotesque et difforme. Qu'il s'agisse du Pta'h de Memphis quand il est envisagé sous le point de vue spécial de démiurge, des Patèques de la Phénicie ou de son Adonis Pygmaion (le dieu qui manie le marteau), de l'Hêphaistos homérique qui cache sa difformité dans l'île de Lemnos et dont la démarche et la tournure excitent le rire des immortels, ou bien encore du Mimir des Scandinaves, nous voyons toujours reparaître le même type consacré, qui est aussi celui des kobolds, des gnomes et d'autres êtres analogues dans les mythologies populaires, et qui semble une caricature des races qui les premières ont travaillé les métaux. Il y a là une conception commune aux peuples de 'Ham, de Schem et de Yapheth, et qui doit être rangée parmi les souvenirs que ces peuples ont gardés d'avant leur séparation.
C'est maintenant, après cette suite de remarques qui nous ont ramené au pied du plateau de Pamir, que nous pouvons apprécier à sa juste valeur la tradition biblique sur l'invention des métaux, et en comprendre la signification. Thoubal-qaïn n'est pas un individu au sens où nous l'entendrions aujourd'hui ; les traditions des premiers âges n'ont pas ce caractère précis, et c'est rapetisser la Bible, donner à ses récits un caractère puéril et en diminuer l'autorité, que d'envisager de cette façon les patriarches qu'elle place au début de la famille humaine. Ce n'est pas non plus un être mythique, une vieille divinité mal déguisée, une sorte de Vulcain, comme on aimerait à se le figurer dans certaine école. Thoubal-qaïn est une personnification ethnique ; mais elle détermine avec une merveilleuse exactitude l'âge, la race et le lieu de l'invention placée sous son nom. Ce nom de Thoubal-qaïn établit un rapport saisissant entre lui et le rameau métallurgique par excellence parmi la race métallurgiste des Touraniens ; en même temps, il est impossible de méconnaître la parenté qui le lie à celui des Telchines des plus anciennes traditions mythologiques de la Grèce. C'est encore dans le voisinage du 'Eden, c'est tout auprès des lieux où habite la famille de Scheth, celle qui deviendra la souche de 'Ham, de Schem et de Yapheth, que Thoubal-qaïn, descendant de Qaïn, se livre aux premiers travaux de son industrie, dans les lieux mêmes où le premier meurtrier est venu habiter après son crime. » (François Lenormant, Histoire ancienne de l'Orient). - Histoire ancienne de l'Orient


Date : mardi 16 décembre 2008 à 07h
Auteur : Agnès SOFIYANA, Luisa Margarita Matallana Laverde
Catégorie : Artículos

.:: ¿« Yo » existe fuera del tiempo? ::.

Del cogito cartesiano a la inexistencia del tiempo

« En comparación a estas consideraciones sobre el tiempo, ¿Puede ser este el tiempo de preguntarnos en cuál(es) tiempo(s) se aplica el cogito cartesiano? « Yo pienso luego yo soy » ¿significa que « yo pienso » y « yo soy » existen en el mismo “ahora “ ? ¿O bien, « yo pienso » y « yo soy » existen en dos “ahoras “ distintos el uno del otro ? O bien aun « yo pienso » y « yo soy » existen en dos referenciales diferentes? En este último caso, nos sería entonces imposible obtener cualquier saber sobre sus simultaneidades »

- Artículos


Date : mercredi 10 décembre 2008 à 08h
Catégorie : Psychologie

.:: Idées, raisonnements et imagination des foules ::.

« Les idées n'étant accessibles aux foules qu'après avoir revêtu une forme très simple, doivent, pour devenir populaires, subir souvent les plus complètes transformations. C'est surtout quand il s'agit d'idées philosophiques ou scientifiques un peu élevées, qu'on peut constater la profondeur des modifications qui leur sont nécessaires pour descendre de couche en couche jusqu'au niveau des foules. Ces modifications dépendent des catégories des foules ou de la race à laquelle ces foules appartiennent ; mais elles sont toujours amoindrissantes et simplifiantes. Et c'est pourquoi, au point de vue social, il n'y a guère, en réalité, de hiérarchie des idées, c'est-à-dire d'idées plus ou moins élevées. Par le fait seul qu'une idée arrive aux foules et peut agir, si grande ou si vraie qu'elle ait été à son origine, elle est dépouillée de presque tout ce qui faisait son élévation et sa grandeur.
D'ailleurs, au point de vue social, la valeur hiérarchique d'une idée est sans importance. Ce qu'il faut considérer, ce sont les effets qu'elle produit. Les idées chrétiennes du moyen âge, les idées démocratiques du siècle dernier, les idées sociales d'aujourd'hui, ne sont pas certes très élevées. On ne peut philosophiquement les considérer que comme d'assez pauvres erreurs ; et cependant leur rôle a été et sera immense, et elles compteront longtemps parmi les plus essentiels facteurs de la conduite des États.
Alors même que l'idée a subi les transformations qui la rendent accessible aux foules, elle n'agit que lorsque, par des procédés divers qui seront étudiés ailleurs, elle a pénétré dans l'inconscient et est devenue un sentiment, ce qui est toujours fort long. » (Gustave Le Bon, Psychologie des foules). - Psychologie des foules /


Date : mardi 09 décembre 2008 à 05h
Catégorie : Histoire ancienne de l'Orient

.:: Développements initiaux de l'industrie moderne ::.

« Au reste, le fer météorique, qui n'a besoin d'aucun affinage, et qu'il suffit de fondre pour qu'il soit propre à former tous les instruments, a dû être partout travaillé le premier et donner le type du métal que l'on a cherché ensuite à tirer de minerais moins purs. Le langage de plusieurs des peuples les plus considérables de l'antiquité par leur civilisation, a conservé des traces de ces débuts de la métallurgie du fer, tiré de blocs dont on avait observé l'origine météorique. En égyptien, le fer se nommait ba en pe, « matière du ciel, » mot qui est resté dans le copte benipe, “fer ;” et des textes positifs prouvent que l'antique Égypte se représentait le firmament comme une voûte de fer, dont des fragments se détachaient quelquefois pour tomber sur la terre. Le nom grec du fer, [sidêros], nom tout à fait particulier, et qui n'a d'analogue dans aucune autre langue aryenne pour désigner le même métal, est évidemment apparenté d'une manière étroite, comme l'a reconnu M. Pott, au latin sidus, sideris, “astre ;” il désigne donc le métal que l'on a d'abord connu avec une origine sidérale.
[…] Ainsi que nous l'avons vu plus haut, la tradition biblique désigne un des fils de Lemech, Thoubal-qaïn, comme ayant le premier forgé le cuivre et le fer, donnée qui ferait remonter, pour certaines races, l'invention du travail des métaux à près de mille ans avant le déluge. Ce nom de Thoubal-qaïn est, du reste, extrêmement curieux, car il signifie “Thoubal le forgeron,” et, par conséquent, on ne peut manquer d'établir un rapprochement entre lui et le nom du peuple de Thoubal, dont la métallurgie prodigieusement antique est tant de fois citée par la Bible, et qui gardait encore cette réputation du temps des Grecs, quand, déchu de la puissance prépondérante sur le nord-est de l'Asie-Mineure que lui attribuent les monuments assyriens du XIIe siècle, il n'était plus que la petite nation des Tibaréniens. Une fois découvert, l'usage des procédés de la métallurgie ne se répandit d'abord que lentement, et resta longtemps concentré, comme un monopole exclusif, entre les mains de quelques populations dont le progrès, par suite de causes de natures diverses, avait devancé celui des autres. Les Chalybes, qui paraissent un rameau du peuple de Thoubal, étaient déjà renommés pour les armes et les instruments de fer et de bronze, qu'ils fabriquaient dans leurs montagnes, quand certaines tribus nomades de l'Asie centrale en restaient encore aux engins de pierre. » (François Lenormant, Histoire ancienne de l'Orient). - Histoire ancienne de l'Orient


Date : vendredi 05 décembre 2008 à 08h
Auteur : Agnès SOFIYANA, Luisa Margarita Matallana Laverde
Catégorie : Artículos

.:: La potencia del Continuo ::.

En la primer sesión, habíamos podido constatar que la historia de la geometría había conocido tres grandes discontinuidades. Las matemáticas se concebían primero a partir del real, con ayuda de la intuición, de la percepción y de las representaciones mentales que ese Real inspira. Los desplazamientos al interior de las matemáticas son dados en ruptura y en continuidad simultáneamente : en ruptura con los sistemas anteriores, proponiendo nuevos sistemas de representación y en continuidad con los resultados inscritos en el sistema precedente. La progresión de las matemáticas es cada vez innovadora debido a los nuevos métodos que ellas proponen o al nuevo sistema en el cual ellas deciden inscribirse, y cada innovación constituye un encadenamiento coherente, una ligazón continua entre el antes y el después, una conexión fluida, de tal suerte que si una de ellas resulta verdadera en el sistema precedente, lo sigue siendo en el nuevo sistema. - Artículos


Date : mercredi 03 décembre 2008 à 09h
Catégorie : Richard von Krafft-Ebing

.:: Androgynie et gynandrie ::.

« Il y a une transition à peine sensible entre la groupe précédent et les cas d'inversion sexuelle où non seulement le caractère et toutes les sensations du sens sexuel anormal coexistent, mais où même par la conformation de son squelette, le type de sa figure, sa voix, etc., en un mot sous le rapport anatomique comme sous le rapport psychique et psycho-sexuel, l'individu se rapproche du sexe dans le rôle duquel il se sent vis-à-vis des autres individus de son propre sexe. Il est évident que cette empreinte anthropologique de l'anomalie cérébrale représente un degré très avancé de dégénérescence. Mais, d'autre part, cette déviation est basée sur des conditions tout autres que les phénomènes tératologiques de l'hermaphrodisme envisagé au sens anatomique. Cela ressort clairement du fait que jusqu'ici on n'a jamais rencontré sur le terrain de l'inversion sexuelle, de tendance aux malformations hermaphroditiques des parties génitales. On a toujours établi que les parties génitales de ces individus étaient, au point de vue sexuel, complètement différenciées, bien que souvent atteintes de stigmates de dégénérescence anatomique (épi- ou hypospadies, etc.), qui entravaient le développement des organes qui étaient du reste bien différenciés au point de vue sexuel.
Mais on ne possède pas encore jusqu'ici un nombre d'observations suffisant de ce groupe intéressant : femmes en vêtements d'hommes avec parties génitales féminines, hommes en vêtements de femmes avec parties génitales masculines. Tout observateur expérimenté se rappelle sans doute avoir rencontré des individus masculins dont la manière d'être féminine (hanches larges, formes rondes avec abondance de graisse, barbe totalement absente ou très faiblement développée ; traits de la figure féminins, teint délicat, voix de fausset, etc.) était surprenante, et vice versa des êtres féminins qui, par la charpente des os, le bassin, la démarche, les attitudes, leurs traits grossiers et nettement virils, leur voix grave et rauque, etc., l'ont fait douter de l'“éternel féminin”. » (Richard von Krafft-Ebing, Psychopathia Sexualis). - Psychopathia Sexualis / , , , ,


Date : mardi 02 décembre 2008 à 07h
Catégorie : Psychologie

.:: Sentiments et moralité des foules ::.

« Même pour les parfaits gredins, il arrive fort souvent que le fait seul d'être réunis en foule leur donne momentanément des principes de moralité très stricts. Taine fait remarquer que les massacreurs de septembre venaient déposer sur la table des comités les portefeuilles et les bijoux qu'ils trouvaient sur leurs victimes, et qu'ils eussent pu aisément dérober. La foule hurlante, grouillante et misérable qui envahit les Tuileries pendant la Révolution de 1848, ne s'empara d'aucun des objets qui l'éblouirent et dont un seul eût représenté du pain pour bien des jours.
Cette moralisation de l'individu par la foule n'est certes pas une règle constante, mais c'est une règle qui s'observe fréquemment. Elle s'observe même dans des circonstances beaucoup moins graves que celles que je viens de citer. J'ai déjà dit qu'au théâtre la foule veut chez le héros de la pièce des vertus exagérées, et il est d'une observation banale qu'une assistance, même composée d'éléments inférieurs, se montre généralement très prude. Le viveur professionnel, le souteneur, le voyou gouailleur murmurent souvent devant une scène un peu risquée ou un propos léger, fort anodins pourtant auprès de leurs conversations habituelles.
Donc, si les foules se livrent souvent à de bas instincts, elles donnent aussi parfois l'exemple d'actes de moralité élevés. Si le désintéressement, la résignation, le dévouement absolu à un idéal chimérique ou réel sont des vertus morales, on peut dire que les foules possèdent souvent ces vertus-là à un degré que les plus sages des philosophes ont rarement atteint. Elles les pratiquent sans doute avec inconscience, mais qu'importe. Ne nous plaignons pas trop que les foules soient guidées surtout par l'inconscient, et ne raisonnent guère. Si elles avaient raisonné quelquefois et consulté leurs intérêts immédiats, aucune civilisation ne se fût développée peut-être à la surface de notre planète, et l'humanité n'aurait pas eu d'histoire. » (Gustave Le Bon, Psychologie des foules). - Psychologie des foules /

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